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Les Juifs à Mons au Moyen Age

Les Juifs à Mons au Moyen Age: introduction


Vinchant, Delewarde et De Boussu sont les premiers à avoir signalé la présence des juifs à Mons[1]. Ils affirment, sans en apporter de preuve, que le comte Guillaume Ier les a installés dans la rue qui porte  encore aujourd’hui leur nom et que quatre chrétiens (appelés croisés) surveillaient la petite communauté. Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, des érudits montois[2]  écrivent des articles de synthèse qui font alors intervenir les actes officiels publiés notamment par L. Devillers et E. Gachet [3]. Notons, au passage, que  F. Hachez et E. Matthieu n’échappent pas  aux jugements antisémites caractéristiques des milieux catholiques de l’époque : «  Les juifs... .furent constamment dans une position malheureuse et précaire. Ils ne devaient cependant attribuer qu’à eux-mêmes leur misérable situation : ils conservaient... une religion offensante pour leurs hôtes... ils rendaient haine pour haine, ils se corrompaient et se jetaient dans tous les désordres [4]».  « On rencontre, en effet, encore de nos jours, dans certaines localités du pays, de ces gens dont le type et les agissements vils et trompeurs trahissent une origine judaïque [5] ». La presse locale se fait d’ailleurs l’écho, de temps en temps, de ces publications, en ignorant parfois des études  récentes et mieux documentées[6]. Bien entendu, J. Stengers[7] parle abondamment du Hainaut et de Mons dans l’ouvrage que nous avons signalé à maintes reprises. Comme nous le verrons dans les pages suivantes, le grand mérite de J. Stengers est d’avoir passé au crible de la critique les sources du   sacrilège  de Cambron ainsi que les comptes du prévôt chargé de récupérer les sommes dues aux juifs après leur expulsion  (ou leur mort ?) en 1349[8]. On peut regretter  cependant que cette étude magistrale ignore l’article de Paul Heupgen[9] qui fait remarquer à juste titre la richesse inexploitée des archives montoises telles que les Rôles de bourgeoisie, les Embrefs et le Registre des criées. Plus près de nous, les recherches de J. Tollebeek et J.P. Schreiber se contentent, pour Mons, de résumer les pages de J. Stengers[10].

Nous avons voulu rechercher la présence des juifs dans tous les documents encore disponibles pour le XIVe siècle[11] et  confronter nos découvertes avec les actes officiels et les archives connues et analysées dans les études antérieures. En tout premier lieu, les archives de l’Etat à Mons possèdent deux séries de documents originaux d’une grande valeur pour cette recherche : les comptes de la ville [12] et les rôles de bourgeoisie[13]. Ensuite, conservés à Bruxelles , les comptes du prévôt[14], chargé de récupérer les sommes dues aux juifs après leur disparition lors de la grande peste (1349) nous ont permis d’étudier la  vie économique des prêteurs montois Joye et Jacob, bien connus par d’autres documents. Enfin, nous avons eu recours aux nombreux documents (chirographes...) patiemment recopiés par des érudits locaux tels que Gonzalès Decamps[15], et Jeanne Heupgen-Putsage[16]. Signalons enfin que cette base documentaire a été étudiée de 1295 à 1433, dans la mesure où elle le permettait. La première date a été choisie pour pouvoir vérifier si l’absence des juifs à Mons était bien réelle avant leur expulsion de France par Philippe le Bel ;  la date de 1433 représente celle du premier document où est mentionnée la  rue des juifs et il nous a semblé opportun de rechercher la présence éventuelle d’un document antérieur ou une explication à cette appellation tardive.

[1] Vinchant, op. cit., t. 3, p. 79 et t. 4,  p. 326-329 ;  M.  Delewarde, Histoire générale du Hainau, t. 4,  Mons, 1718, p. 96-98, 129 et 227 ; G.-J.  De Boussu, Histoire de la ville de Mons, Mons, 1725, p. 95-96 (édition anastatique de 1982).

[2] F.  Hachez, Essai sur la résidence à Mons des juifs et des Lombards, Mons, 1853, 23 p. ; E.  Matthieu, Sur le séjour des juifs en Hainaut, spécialement à Mons, Communication faite au congrès archéologique et historique de Bruges, Bruges, 1903, 9 p. ; F.  Meyer, Essai sur l’histoire des juifs du Hainaut au XIVe siècle, Annales de l’Est et du Nord, 1907, p. 321-343.

[3] L.  Devillers, Monuments pour servir à l’histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxembourg, t. 3, Bruxelles, 1874, p. 378, 460, 594 et 644.

L.  Devillers, Cartulaire des Comtes de Hainaut, Bruxelles, t. 1, 1881, p. 491,  t. 2, 1883, p. 503 et t. 5, 1892, p. 485 ; E.  Gachet, Un cartulaire de Guillaume Ier, comte de Hainaut, t. 4, Bruxelles, Bulletin de la Commission royale d’histoire, 2e série, 1865, p. 65 et 92.

[4] Hachez, op. cit. ,p. 5.

[5] Matthieu, op. cit., p. 8. F. Hachez et E. Matthieu font tous deux leurs études secondaires dans les écoles catholiques de Mons puis à  l’université de Louvain (faculté de droit). Voir à ce sujet A.  De  Behault de Dornon, Félix Hachez, Annales du cercle archéologique de Mons ( A.C.A.M.), t. 32, 1903, p. 1  et  Landelin (le Père), Ernest Matthieu,1851-1928, Notice bio-bibliographique,  A.C.A.M., t. 53, 1933-34, p. 19-23. Remarquons, enfin, que E. Matthieu écrit son article dans le climat passionnel de « l’affaire Dreyfus » (1894-1906).

[6] Si les articles parus dans la Gazette de Mons (30/8/1856, p.2 et 4/9/1856, p. 2)  se basent sur les recherches de F. Hachez, par contre, celui de H. Putanier (No Catiau, novembre 1960, p. 75) ne tient pas du tout compte de la synthèse magistrale de Jean Stengers (1950) et se réfère plutôt à l’érudition du siècle précédent.

[7] Stengers, Les juifs dans les Pays-Bas au Moyen Âge, op. cit., p. 19-21, 23-24, 36, 43-47.

[8] Bruxelles, Archives générales du Royaume, Chambre des comptes, n° 15.109 ( 2e, 5e et  6e comptes).

[9] La Province, 28/11/1936 repris dans P.  Heupgen, Viéseries, vol. 3, f° 61.

[10] Tollebeek, Joden in de Zuideleke Nederlanden, op. cit., p. 248 ; Schreiber, L’immigration juive en Belgique, op. cit., p. 38 ; Schreiber, L’immigration juive en Belgique , dans Histoire des étrangers et de l’immigration, op. cit.,p.208.  Seul E. Poumon semble se souvenir de l’article de P. Heupgen déjà cité précédemment (No Catiau, septembre, octobre, novembre, 1995, p. 16)

[11] Nous voudrions, à ce propos, remercier M. W. De Keyzer, Conservateur des Archives de l’Etat à Mons, pour son aide et ses conseils judicieux.

[12] Ces comptes ont été publiés en partie pour le XIVe siècle par C. Pierard, Les plus anciens comptes de la ville de Mons (1279-1356), Bruxelles, 1971, 2 vol., 785 et 212 p. Les originaux se trouvent aux Archives de l’Etat à Mons ( Mons, Archives de la Ville de Mons (a.v.m.), section ancienne, M1-M45 et C155-C302).

[13] Ces rôles sont ceux des années 1295, 1296, 1299, 1302, 1303, 1304, 1305, 1307, 1316,1318, 1319, 1320, 1321, 1322, 1323, 1329, 1331, 1332, 1333 ( Mons, a.v.m., section ancienne, n° 1334-1352)

[14] Bruxelles, Archives Générales du Royaume (a.g.r.), Chambre des comptes, n° 15.109( 2e , 5e et 6e comptes).

[15] Les manuscrits de G. Decamps peuvent être consultés à la bibliothèque de la Maison Losseau, à Mons. Les actes médiévaux sont recopiés sur l’envers de feuilles de réemploi (publicités, avis nécrologiques...) reliées grossièrement ; souvent, ils ne comportent pas la date de la copie.

[16] Mons, a.v.m., Manuscrit 76.

 

 

Haute Ecole de la Communauté Française du Hainaut - Département Pédagogique - MONS (Belgique)