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La
première vague (1307-1314).
Aucun
document ne mentionne de juifs à Mons jusqu’en 1306, année de leur expulsion
de France
par Philippe le Bel.
En
1307, Joseph le juif et sa famille franchissent les frontières du comté de
Hainaut
. Le comte Guillaume leur accorde la
permission de demeurer un an dans la ville hainuyère de leur choix, pourvu que
les Lombards n’y résident pas. Ils peuvent pratiquer l’usure sous sa
protection et sont considérés comme des bourgeois, payant les mêmes impôts
que ces derniers. Joseph s’installe selon
toute vraisemblance à Mons puisque, l’année suivante, le comte l’autorise
à résider dans cette ville, pour une durée de trois ans, cette fois. Cette
autorisation est assortie du paiement d’une redevance annuelle de 40 livres
de noirs tournois ; l’accueil du comte n’est donc pas totalement
désintéressé. Mais en 1308, Joseph n’est plus seul. Trois autres familles
trouvent refuge également à Mons, dans les mêmes conditions : celles de
Lyon, de Hakin et d’Abelye.
Ces quatre familles sont déjà citées, en 1903, dans l’étude d’Ernest
Matthieu
et leur nom apparaît dans les synthèses ultérieures.
L’examen
des archives montoises nous permet de doubler, au minimum, la petite communauté
d’immigrés. En effet, dans les comptes de la ville, nous voyons la mention de
quatre nouveaux noms : une femme (Tron)
et trois hommes (Yzachar,
Josson
et Guillaume. Ces juifs prêtent de l’argent
à la ville et à ses habitants ; Hakin, d’après de nos recherches,
semble être l’usurier le plus actif.
Guillaume (Willame ou Willemet) est
un cas particulier. Il prête aussi de l’argent mais il en reçoit également
de la ville pour des missions officielles. Signalé de manière constante dans
les documents de 1310 à 1323, Guillaume est bien entendu, et nous le
démontrerons, le fameux juif
converti qui va s’illustrer lors du sacrilège
de Cambron
. Enfin, signalons, en 1308-1309, la
présence éphémère de deux juifs, dont nous ignorons le nom
et la mention de prêts de juifs anonymes, sans qu’il soit possible de savoir
s’il s’agit de personnes déjà citées précédemment ou bien de nouveaux
individus présents dans la communauté immigrée montoise.
Mons reçoit donc une première
vague de juifs de 1307 à 1314. Huit familles sont identifiées avec
certitude et deux familles ne font qu’un bref séjour en 1308-1309.
Si l’on considère qu’une famille comporte environ cinq individus et que la
ville de Mons, au début du XIVe siècle compte environ 5.000
habitants, on peut en conclure que
les juifs constituent une minorité approchant 1% de la population de la cité.
Nous
ne connaissons pas la vie quotidienne de la petite communauté montoise, sinon
quelques aspects de son activité économique qui seront développés dans le
chapitre quatrième. Mais nous devons cependant signaler un passage laconique
des comptes de la ville
qui nous montre Hakin confronté à de très graves problèmes judiciaires
puisque les autorités comtale et communale se sont réunies pour discuter de
son sort. On comprend, dès lors, aisément que les juifs de Mons aient réagi
sans tarder à l’autorisation de Louis X le Hutin qui leur permet, en 1315, de
rentrer en France
. A partir de cette date, en effet,
les documents montois ne mentionnent plus de juifs dans la ville et ce, jusqu’en
1323.
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1306 |
1307 |
1308 |
1309 |
1310 |
1311 |
1312 |
1313 |
1314 |
1315 |
1316 |
1317 |
1318 |
1319 |
1320 |
1321 |
1322 |
1323 |
1324 |
| JOSEPH |
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A |
A |
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| LYON |
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A |
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| HAKIN |
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A |
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B |
C |
C(3) |
C;D(2) |
C |
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| ABELYE |
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A |
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| YZAKART |
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C |
C(2) |
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| JOSSON |
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C |
C(2) |
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| TRON |
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C |
C |
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| 2
ANONYMES |
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C |
C |
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| BENOIT |
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E |
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| BIENVENNE |
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E |
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| FEMME
d' HAKIN |
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E |
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| JOSSE |
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E |
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| JOSSONET
DE CLERMONT |
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E |
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| JOYE |
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E |
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| JUDAS |
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E |
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| MEROS |
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E |
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| GUILLAUME |
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F |
F |
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F ; C |
C |
C |
E |
C |
C ; E |
E |
E |
E |
E |
E |
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Documents
ayant déjà servi à des études sur les Juifs dans nos provinces (Stengers
...) |
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1306:
Philippe le Bel chasse les Juifs de France. |
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1315:
Louis X le Hutin autorise le retour des Juifs en France. |
| |
1322:
Charles IV le Bel expulse les Juifs de France. |
| 1307 |
Année
pour laquelle nous possédons un rôle de bourgeoisie. |
| A |
Documents
officiels publiés par GACHET, E., op. cit.,
p. 65 et 92. |
| B |
Document
officiel publié par DEVILLERS, L., op. cit.,
p.594 |
| C |
Documents
extraits des comptes de la ville publiés par PIERARD, Ch., op.
cit.,1971. |
| D |
Chirographes
transcrits par G. Decamps. |
| E |
Rôles
de bourgeoisie. |
| F |
Documents
extraits des comptes divers en rouleaux de Sainte-Waudru, transcrits par G.
Decamps. |
|
Remarques: |
La
comptabilité montoise est souvent à cheval sur deux années civiles. Yzakart
et Josson sont mentionnés chacun deux fois,sans qu'on puisse savoir s'il s'agit
des années 1308 ou 1309. Même problème pour Hakin cité trois fois dans les
comptes de 1311-1312. Par contre, il existe deux chirographes différents
qui concernent Hakin pour l'année 1313. |
La
deuxième vague (1323).
L’expulsion
des juifs en 1322 par Charles IV le Bel est admise par la majorité des
historiens.
Ceux qui contestent cet événement
ne nous semblent pas avoir raison, car les documents montois montrent à l’évidence
un retour en force des immigrés juifs en 1323 ; le Hainaut
constituant, une fois de plus, un
refuge pour les exilés. En effet, le rôle de bourgeoisie de 1323
mentionne huit familles,
alors que les rôles précédents
ne contenaient que le seul nom de Guillaume, le personnage central du sacrilège
de Cambron. Trois femmes sont citées (Bienvenne la fille d’Hakin, la femme d’Hakin
et Joye) ainsi que cinq hommes (Benoît, Josse, Jossonnet de Clermont, Judas et
Meros). Cette énumération nous
amène à formuler quelques remarques. Hakin, le juif le plus cité dans les
documents de la première vague,
ne réapparaît plus à Mons en 1323 ; par contre, sa fille et sa femme
(qui habitent deux maisons différentes) sont revenus dans la cité hainuyère.
Peut-être, l’accueil des Montois et le procès d’Hakin, dix ans
auparavant, n’avaient-il pas découragé ces dames ; à moins que l’inconnu
leur ait paru une solution plus risquée encore. Ensuite, avouons la tentation
de vouloir démontrer que les juifs reviennent constamment à Mons
après de multiples errances dans les provinces avoisinantes. Malheureusement,
si le fait est attesté pour la famille d’Hakin, rien ne nous prouve que
Josson,
cité dans les comptes de la ville en 1308-1309, est le même personnage que
Josse en 1323. La même incertitude persiste pour Benoît, présent dans le
rôle de bourgeoisie de 1323 et dans la lettre de sauvegarde de Guillaume II
en 1337. Rien ne nous permet de dire qu’il s’agit des mêmes personnages,
ni même que les personnes mentionnées en 1337 habitent à Mons. Enfin, un
personnage intéressant apparaît dans le document de 1323 : Joye
la Juive, bien connue en tant qu’usurière grâce aux comptes du prévôt
Guillaume de Somaing, chargé de récupérer les biens des juifs expulsés (ou
tués ?) lors de la peste de 1349.
Mais dans un souci de clarté, nous reparlerons de cette personne dans le
chapitre suivant.
La
vallée des larmes
(1324-1349)
D’une
manière générale,
trois éléments sont à épingler pour cette période : la diminution de
la mention des juifs dans les documents (24 mentions de 1307 à 1323 et 14
mentions de 1324 à 1349),
le silence des comptes de la ville (les juifs brillent par leur absence à
partir de 1314, date du procès d’Hakin) et enfin, la disparition des juifs du
rôle de bourgeoisie de 1329,
alors que six ans auparavant la petite communauté montoise comptait huit
familles.
Comment
expliquer la diminution du nombre de documents ? Entre les deux rôles de
bourgeoisie (1323 et 1329), un événement important va attirer l’attention
sur les juifs : le sacrilège
de Cambron.
Guillaume, le
converti, est en effet accusé d’avoir profané l’image de la
Vierge. Le duel judiciaire et l’exécution de Guillaume (1326) ont, comme
nous le verrons, profondément marqué la population. A partir de ce moment, il
n’est pas impossible que, sentant une certaine tension dans la ville à leur
égard, une partie des juifs aient préféré émigrer sous des cieux plus
cléments. Et l’absence des juifs des comptes de la ville et des rôles de
1329, 1331, 1332, 1333 ? Certaines familles juives restent à Mons malgré
le climat qui s’est détérioré. Prenons le cas de Jacob. Il n’est pas
cité dans le rôle de bourgeoisie de 1331 ; pourtant, il doit habiter la
ville puisqu’il se retrouve dans un chirographe
de cette année. Nous supposons,
dès lors, que si certains juifs (Jacob, par exemple) continuent à résider à
Mons, les autorités ont changé d’attitude à leur égard : ils ne les
jugent plus dignes d’être les créanciers de la ville ni de figurer parmi
les bourgeois.
Malgré
tout, il reste, à Mons, à partir de 1337, une petite communauté juive. Elle
nous est connue par trois types de documents : des chirographes, la lettre
de sauvegarde de Guillaume II (1337)
et les comptes du prévôt de 1349.
En dehors de Guillaume et de son épouse, huit noms apparaissent :
deux femmes (Joye et Florie de Mons) et six hommes (Jacob, Moyset, Madant (?),
Lion de Resson, Collart et Hanginet). Occupons-nous d’abord de Joye et de
Jacob. Nous avons déjà vu l’arrivée de Joye en 1323. Mais il reste à
montrer pourquoi elle n’est pas citée dans la lettre de Guillaume II de 1337.
A notre avis, l’explication est simple car depuis son arrivée à Mons, sa
situation familiale a changé : elle a épousé Jacob le juif
qui va habiter chez sa femme, dans
le quartier du Hautbois ;
comme elle, il pratique l’usure.
En 1337, c’est donc le chef
du ménage, Jacob, qui doit payer 200
mailles de Florence au comte Guillaume II ;
cela explique facilement l’absence de Joye dans ce document. Pour compléter
le tableau familial, signalons que Joye a une fille, Danzelle. Cette dernière a
épousé un certain Aberant, mis en cause dans les comptes du prévôt de 1349.
Mais rien ne prouve que ce jeune couple habite Mons ni même que Danzelle soit
la fille de Jacob puisque l’habitude juive était, au Moyen Age, de désigner
les individus par le nom de leur père .
Joye et Jacob prêtent donc de l’argent aux Montois et aux habitants des
villages avoisinants, mais le fait le plus étonnant est la longévité de leurs
activités : 27 ans pour Joye (1323-1349) et 19 ans pour
Jacob (1331-1349).
Les documents montois jettent donc un jour nouveau sur la durée de résidence
dans nos provinces de certains usuriers juifs, puisqu’il était entendu jusqu’ici
qu’ils ne résidaient jamais plus que quelques années.
En
1337, le comte Guillaume II
accorde sa protection aux juifs du Hainaut. Le document est intéressant car il
cite dix-huit familles et trente-cinq individus. Mais parmi eux, qui habite
Mons ? Jacob et sa famille, nous venons de le voir, mais aussi Florie de
Mons, dont c’est la seule mention connue.
Cette liste indique également la présence d’un rabbin,
sans le nommer. Mais ce rabbin ne serait-il pas maistre Moyset le Juis cité dans trois chirographes
contemporains de l’acte officiel de Guillaume II ?
Il n’est pas interdit de le penser, d’autant plus que la liste officielle de
1337 ne mentionne qu’un rabbin et que les documents sont chronologiquement
très proches. Un autre chirographe
de 1337 signale un autre prêteur dont le nom a posé des problèmes de
déchiffrement à G. Decamps qui
propose Madant ou Mathan le juif. Peut-être, peut-on rapprocher ce nom de celui
d’Amendaus cité à trois reprises dans la lettre de Guillaume II. Quoi qu’il
en soit, nous avons donc à Mons en 1337 quatre familles juives,
la moitié du nombre recensé en 1323 ; néanmoins la présence d’une
petite communauté atteste que le souvenir du sacrilège
de Cambron
s’est quelque peu estompé. Un
dernier usurier, Lion de Resson,
est signalé dans un chirographe de 1341.
Sans doute ce prêteur n’a-t-il pas fait de vieux os dans la ville hainuyère
car il n’est pas signalé dans les comptes du prévôt de 1349.
Enfin, nous devons examiner le cas de Collart le juif.
Nous pensons qu’il est affublé d’un surnom très lourd à porter à cette
époque, mais qu’il n’est pas de religion juive car il est impensable que l’on
puisse faire confiance à un juif pour un acte relevant du droit privé
(exécuteur testamentaire). On peut donc éliminer
Collart de la liste des juifs montois.
Dans le Hainaut
, comme dans les autres provinces
avoisinantes, la peste et son cortège de pogroms vont décimer les
communautés juives. En provenance du royaume de France
, elle pénètre à Tournai
en août 1349.
Quelques jours plus tard, à une vingtaine de kilomètres de Mons, à Hon
, précisément, deux familles sont
brûlées vives (28 août 1349)
et les juifs d’Ath connaissent un sort semblable.
A Mons, leur sort est moins clair.
Une chose certaine, ils disparaissent de la cité (exil ou exécution) et leurs
biens sont confisqués par la comtesse qui entreprend de récupérer à son
profit les sommes dont les juifs sont les créanciers. Guillaume de Somaing,
prévôt de Mons, est chargé de récupérer cet argent, non sans difficulté.
Les trois comptes conservés pour cette opération financière
nous révèlent l’existence de sept usuriers juifs : Hanginet, Jacob et
sa femme Joye, Aberant, leur gendre, Vinant, Josson et Amendant d’Hautrage.
Ils habitent Mons, Neufvilles
et Steenkerke
. Seul Josson est mentionné comme
résidant à Steenkerke ; pour les autres, il n’y a aucune indication
concernant leur domicile. Nous savons néanmoins que Jacob et Joye habitent
Mons, c’est la seule certitude. De son côte, J. Stengers
a démontré qu’Hanginet pratique l’usure à Mons puisque 109 sur 150 de
ses clients habitent la ville ou dans un rayon de 10 kilomètres autour de
celle-ci. Nous nous rangeons donc à cette hypothèse, et nous l’ajoutons au
couple, dont nous avons abondamment parlé, dans la liste des juifs montois.
1324-1349,
vingt-cinq ans pendant lesquels les juifs montois ont donc connu d’énormes
problèmes, comme leurs coreligionnaires européens, du reste. Le sacrilège de Cambron
les a marginalisés davantage ou les a
obligés à s’exiler. Néanmoins, contre vents et marées, le couple Jacob -
Joye continue ses activités et
une petite communauté se reforme avant d’être emportée par la vague de
violence de 1349.
Tableau
2 - La vallée des larmes (1324-1349).
| |
1325-28 |
1329 |
1330 |
1331 |
1332 |
1333 |
1334 |
1335 |
1336 |
1337 |
1338 |
1339 |
1340 |
1341 |
1342 |
1343-47 |
1348 |
1349 |
| JOYE |
|
|
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G |
| JACOB |
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D |
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|
D |
|
B |
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|
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|
|
|
D |
G |
| FLORIE
DE MONS |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
B |
|
|
|
|
|
|
|
|
| MOYSET |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
B;D(2) |
|
D |
|
|
|
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|
|
| MADANT(?) |
|
|
|
|
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|
|
D |
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|
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| LION
DE RESSON |
|
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|
|
D |
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|
| |
|
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|
| HANGINET |
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|
|
|
G |
| |
|
|
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|
|
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|
|
|
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|
|
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|
| GUILLAUME |
|
D |
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|
|
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|
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|
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|
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|
|
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| FEMME
DE GUIL. |
|
E |
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|
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| |
| |
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Aucun
document pour ces deux périodes. |
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Documents
ayant déjà servi à des études sur les Juifs dans nos provinces (Stengers...) |
| |
Année
pour laquelle nous possédons un rôle de bourgeoisie. |
| B |
Documents
officiels publiés par DEVILLERS, L., op. cit.,
p.594 |
| D |
Chirographes
transcrits par G. Decamps. |
| E |
Rôles
de bourgeoisie. |
| G |
Sommes
à récupérer chez les débiteurs des Juifs (A.G.R.,Chambre des Comptes,n°
15.109) |
| (
) |
Le
chiffre ( ) indique le nombre de documents pour l'année considérée |
Après
la peste (1350-1433).
Y a-t-il encore des personnes de
religion juive, à Mons, après la tourmente de 1349 ? Nous avons déjà
posé la question dans le paragraphe consacré au Hainaut, sans pouvoir donner
de réponse précise pour l’ensemble du comté.
En ce qui concerne la ville de
Mons, nous devons bien avouer que, malgré nos recherches, nous n’avons pas
trouvé de preuve évidente de la présence d’un juif fidèle à sa religion.
Bien entendu, plusieurs Montois portent le surnom de le
juif ; nous en avons recensé dix : Tassard (1361),
Collart (1365-1368),
Piètre (1365), Mariete (1365),
la beghinete qui fut Juive (1365),
Hanin (1387), Jacquemart du Broecq
(1387-1431),
Jaquemin (1401-1408),
Caisins (1403) et Richard (1433).
On peut conclure assez aisément
que ces dix personnes ne sont pas de religion juive et ce, pour deux raisons. La
seule activité des juifs avant 1349 était l’usure, tous les documents le
montrent à l’évidence ; par contre, après la peste, les juifs ne sont mentionnés comme prêteurs que dans deux
documents sur les quarante-six que nous avons examinés.
La disparition de la pratique de l’usure est donc éloquente. De plus, les
deux seuls personnages impliqués
dans ces opérations financières sont soit
mambourg (Collart), soit échevin
(Jacquemart du Broecq) ; ces deux activités ne sont évidemment pas
accessibles à des individus de religion juive. Collart et Jacquemart sont donc
des convertis, des descendants de convertis ou bien l’appellation le
juif n’est-il qu’un sobriquet. Par ailleurs, pour Jacquemart du
Broecq, les autres documents concernent des actes privés (vente ou achat d’immeubles,
héritages, dons aux institutions charitables ) ou officiels dans lesquels il
apparaît dans ses fonctions d’homme de fief ou d’échevin. Nous connaissons
déjà la profession de deux personnes impliquées dans la documentation ;
qu’en est-il des autres ?
Tassard est mareskaut ,
Collart
et Piètre travaillent le métal ( fèvre),
Hanin et Jacquemin sont clercs, Richard est maître-boucher et une dame anonyme
du quartier du Hautbois est béguine.
Toutes ces activités, accessibles aux seuls catholiques, montrent, une
fois de plus, l’absence de juifs
pratiquant leur religion.
Enfin,
nous voudrions terminer ce chapitre en examinant plus en détails un personnage
très présent dans la documentation : Jacquemart du Broecq dit le juif.
Homme de fief, siégeant à la cour de Mons et y rendant la justice, il devient
échevin en 1391, fonction qu’il exerce jusqu’en 1407.
Nous savons qu’il épouse successivement Jehanne du Postel
et Biétris la Bouveresse
et qu’il a, au moins, deux filles légitimes
et deux enfants naturels.
Mais,
plus intéressant pour notre sujet, un document
nous révèle qu’il est le cousin du clerc Jacquemin le juif. Or ce
dernier est le frère de Caisins le juif et tous les deux sont les fils de
Pierre le juif habitant Bruges
. Nous savons déjà que depuis 1386,des juifs
portugais convertis sont arrivés en Flandre
(Bruges). On peut, dès lors, émettre
l’hypothèse que Jacquemart du Broecq est apparenté à l’un de ces
immigrés lusitaniens ; voilà qui expliquerait l’origine du sobriquet d’un
échevin de Mons et de deux de ses cousins.
En
l’absence de preuves évidentes sur la présence, à Mons, de juifs pratiquant
leur religion, nous ne pouvons que revenir à la case départ
et signaler à nouveau les deux documents laissant sous-entendre leur présence
dans le Hainaut
. De toute manière, leur
nombre a dû être insignifiant et leurs activités discrètes, puisqu’ils n’ont
pas laissé d’autres traces de leur passage dans la ville.
|