Site personnel de Gérard WAELPUT

 
Accueil

Publications

Contact
 


Publications

Les Juifs à Mons au Moyen Age

Les installations successives des juifs à Mons au XIVe siècle.

La première vague (1307-1314).

Aucun document ne mentionne de juifs à Mons jusqu’en 1306, année de leur expulsion de France par Philippe le Bel.

En 1307, Joseph le juif et sa famille franchissent les frontières du comté de Hainaut . Le comte Guillaume leur accorde la permission de demeurer un an dans la ville hainuyère de leur choix, pourvu que les Lombards n’y résident pas. Ils peuvent pratiquer l’usure sous sa protection et sont considérés comme des bourgeois, payant les mêmes impôts  que ces derniers[1]. Joseph s’installe selon toute vraisemblance à Mons puisque, l’année suivante, le comte l’autorise à résider dans cette ville, pour une durée de trois ans, cette fois. Cette autorisation est assortie du paiement d’une redevance annuelle de 40 livres de noirs tournois ; l’accueil du comte n’est donc pas totalement désintéressé. Mais en 1308, Joseph n’est plus seul. Trois autres familles trouvent refuge également à Mons, dans les mêmes conditions : celles de Lyon, de Hakin et d’Abelye[2]. Ces quatre familles sont déjà citées, en 1903, dans l’étude d’Ernest Matthieu[3] et leur nom apparaît dans les synthèses ultérieures.

L’examen des archives montoises nous permet de doubler, au minimum, la petite communauté d’immigrés. En effet, dans les comptes de la ville, nous voyons la mention de quatre nouveaux noms : une femme (Tron[4]) et trois hommes (Yzachar[5], Josson[6] et Guillaume[7]. Ces juifs prêtent de l’argent à la ville et à ses habitants ; Hakin, d’après de nos recherches, semble être l’usurier le plus actif[8]. Guillaume (Willame ou Willemet)  est un cas particulier. Il prête aussi de l’argent mais il en reçoit également de la ville pour des missions officielles. Signalé de manière constante dans les documents de 1310 à 1323, Guillaume est bien entendu, et nous le  démontrerons, le fameux  juif converti qui va s’illustrer lors du  sacrilège  de Cambron . Enfin, signalons, en 1308-1309, la présence éphémère de deux juifs, dont nous ignorons le nom[9] et la mention de prêts de juifs anonymes, sans qu’il soit possible de savoir s’il s’agit de personnes déjà citées précédemment ou bien de nouveaux individus présents dans la communauté immigrée montoise[10].
Mons reçoit donc une  première vague de juifs de 1307 à 1314. Huit familles sont identifiées avec certitude et deux familles ne font qu’un bref séjour en 1308-1309[11]. Si l’on considère qu’une famille comporte environ cinq individus et que la ville de Mons, au début du XIVe siècle compte environ 5.000 habitants[12], on peut en conclure que les juifs constituent une minorité approchant 1% de la population de la cité.

Nous ne connaissons pas la vie quotidienne de la petite communauté montoise, sinon quelques aspects de son activité économique qui seront développés dans le chapitre quatrième. Mais nous devons cependant signaler un passage laconique des comptes de la ville[13] qui nous montre Hakin confronté à de très graves problèmes judiciaires puisque les autorités comtale et communale se sont réunies pour discuter de son sort. On comprend, dès lors, aisément que les juifs de Mons aient réagi sans tarder à l’autorisation de Louis X le Hutin qui leur permet, en 1315, de rentrer en France . A partir de cette date, en effet, les documents montois ne mentionnent plus de juifs dans la ville et ce, jusqu’en 1323.

  1306 1307 1308 1309 1310 1311 1312 1313 1314 1315 1316 1317 1318 1319 1320 1321 1322 1323 1324
JOSEPH   A A                                
LYON     A                                
HAKIN     A   B C C(3) C;D(2) C                    
ABELYE     A                                
YZAKART     C C(2)                              
JOSSON     C C(2)                              
TRON       C C                            
2 ANONYMES     C C                              
BENOIT                                   E  
BIENVENNE                                   E  
FEMME d' HAKIN                                   E  
JOSSE                                   E  
JOSSONET DE CLERMONT                                   E  
JOYE                                   E  
JUDAS                                   E  
MEROS                                   E  
                                       
GUILLAUME         F F   F ; C C C E C C ; E E E E E E  
 
    Documents ayant déjà servi à des études sur les Juifs dans nos provinces (Stengers ...)
  1306: Philippe le Bel chasse les Juifs de France.
  1315: Louis X le Hutin autorise le retour des Juifs en France.
  1322: Charles IV le Bel expulse les Juifs de France.
1307 Année pour laquelle nous possédons un rôle de bourgeoisie.
A Documents officiels publiés par GACHET, E., op. cit., p. 65 et 92.
B Document officiel publié par DEVILLERS, L., op. cit., p.594
C Documents extraits des comptes de la ville publiés par PIERARD, Ch., op. cit.,1971.
D Chirographes transcrits par G. Decamps.
E Rôles de bourgeoisie.
F Documents extraits des comptes divers en rouleaux de Sainte-Waudru, transcrits par G. Decamps.
                   Remarques: La comptabilité montoise est souvent à cheval sur deux années civiles. Yzakart et Josson sont mentionnés chacun deux fois,sans qu'on puisse savoir s'il s'agit des années 1308 ou 1309. Même problème pour Hakin cité trois fois dans les comptes de 1311-1312. Par contre, il existe deux chirographes différents  qui concernent Hakin pour l'année 1313.

La deuxième vague (1323).

L’expulsion des juifs en 1322 par Charles IV le Bel est admise par la majorité des historiens[14]. Ceux qui contestent cet événement[15] ne nous semblent pas avoir raison, car les documents montois montrent à l’évidence un retour en force des immigrés juifs en 1323 ; le Hainaut constituant, une fois de plus, un refuge pour les exilés. En effet, le rôle de bourgeoisie de 1323[16] mentionne huit familles[17], alors que les rôles précédents[18] ne contenaient que le seul nom de Guillaume, le personnage central du  sacrilège  de Cambron. Trois femmes sont citées (Bienvenne la fille d’Hakin, la femme d’Hakin et Joye) ainsi que cinq hommes (Benoît, Josse, Jossonnet de Clermont, Judas et Meros). Cette énumération nous amène à formuler quelques remarques. Hakin, le juif le plus cité dans les documents de la  première vague, ne réapparaît plus à Mons en 1323 ; par contre, sa fille et sa femme (qui habitent deux maisons différentes) sont revenus dans la cité hainuyère. Peut-être, l’accueil des Montois et le procès d’Hakin, dix ans auparavant, n’avaient-il pas découragé ces dames ; à moins que l’inconnu leur ait paru une solution plus risquée encore. Ensuite, avouons la tentation  de vouloir démontrer que les juifs reviennent constamment à Mons après de multiples errances dans les provinces avoisinantes. Malheureusement, si le fait est attesté pour la famille d’Hakin, rien ne nous prouve que  Josson[19], cité dans les comptes de la ville en 1308-1309, est le même personnage que Josse en 1323. La même incertitude persiste pour Benoît, présent dans le rôle de bourgeoisie de 1323 et dans la lettre de sauvegarde de Guillaume II[20] en 1337. Rien ne nous permet de dire qu’il s’agit des mêmes personnages, ni même que les personnes mentionnées en 1337 habitent à Mons. Enfin, un  personnage intéressant apparaît dans le document de 1323 : Joye la Juive, bien connue  en tant qu’usurière grâce aux comptes du prévôt Guillaume de Somaing, chargé de récupérer les biens des juifs expulsés (ou tués ?) lors de la peste de 1349[21]. Mais dans un souci de clarté, nous reparlerons de cette personne dans le chapitre suivant.

 La  vallée des larmes  (1324-1349)[22]

D’une manière générale[23], trois éléments sont à épingler pour cette période : la diminution de la mention des juifs dans les documents (24 mentions de 1307 à 1323 et 14 mentions de 1324 à 1349[24]), le silence des comptes de la ville (les juifs brillent par leur absence à partir de 1314, date du procès d’Hakin) et enfin, la disparition des juifs du rôle de bourgeoisie de 1329[25], alors que six ans auparavant la petite communauté montoise comptait huit familles.

Comment expliquer la diminution du nombre de documents ? Entre les deux rôles de bourgeoisie (1323 et 1329), un événement important va attirer l’attention sur les juifs : le  sacrilège  de Cambron. Guillaume, le  converti, est en effet accusé d’avoir profané l’image de la Vierge. Le duel judiciaire et l’exécution de Guillaume (1326) ont, comme nous le verrons, profondément marqué la population. A partir de ce moment, il n’est pas impossible que, sentant une certaine tension dans la ville à leur égard, une partie des juifs aient préféré émigrer sous des cieux plus cléments. Et l’absence des juifs des comptes de la ville et des rôles de 1329, 1331, 1332, 1333 ? Certaines familles juives restent à Mons malgré le climat qui s’est détérioré. Prenons le cas de Jacob. Il n’est pas cité dans le rôle de bourgeoisie de 1331 ; pourtant, il doit habiter la ville puisqu’il se retrouve dans un chirographe[26] de cette année. Nous  supposons, dès lors, que si certains juifs (Jacob, par exemple) continuent à résider à Mons, les autorités ont changé d’attitude à leur égard : ils ne les jugent plus dignes d’être les créanciers de la ville ni de figurer parmi les bourgeois.

Malgré tout, il reste, à Mons, à partir de 1337, une petite communauté juive. Elle nous est connue par trois types de documents  : des chirographes, la lettre de sauvegarde de Guillaume II (1337)[27] et les comptes du prévôt de 1349[28]. En dehors de Guillaume et de son épouse, huit noms apparaissent[29] : deux femmes (Joye et Florie de Mons) et six hommes (Jacob, Moyset, Madant (?)[30], Lion de Resson, Collart et Hanginet). Occupons-nous d’abord de Joye et de Jacob. Nous avons déjà vu l’arrivée de Joye en 1323. Mais il reste à montrer pourquoi elle n’est pas citée dans la lettre de Guillaume II de 1337. A notre avis, l’explication est simple car depuis son arrivée à Mons, sa situation familiale a changé : elle a épousé Jacob le juif[31] qui va habiter chez  sa femme, dans le quartier du Hautbois [32];  comme elle, il pratique l’usure[33]. En 1337, c’est donc le  chef  du ménage, Jacob[34], qui doit payer 200 mailles de Florence au comte Guillaume II[35] ; cela explique facilement l’absence de Joye dans ce document. Pour compléter le tableau familial, signalons que Joye a une fille, Danzelle. Cette dernière a épousé un certain Aberant, mis en cause dans les comptes du prévôt de 1349[36]. Mais rien ne prouve que ce jeune couple habite Mons ni même que Danzelle soit la fille de Jacob puisque l’habitude juive était, au Moyen Age, de désigner les individus par le nom de leur père [37]. Joye et Jacob prêtent donc de l’argent aux Montois et aux habitants des villages avoisinants, mais le fait le plus étonnant est la longévité de leurs activités : 27 ans pour Joye (1323-1349) et 19 ans pour  Jacob (1331-1349)[38]. Les documents montois jettent donc un jour nouveau sur la durée de résidence dans nos provinces de certains usuriers juifs, puisqu’il était entendu jusqu’ici qu’ils ne résidaient jamais plus que quelques années[39].

En 1337, le comte Guillaume II[40] accorde sa protection aux juifs du Hainaut. Le document est intéressant car il cite dix-huit familles et trente-cinq individus. Mais parmi eux, qui habite Mons ? Jacob et sa famille, nous venons de le voir, mais aussi Florie de Mons, dont c’est la seule mention connue[41]. Cette liste indique également la présence d’un rabbin[42], sans le nommer. Mais ce rabbin ne serait-il pas  maistre Moyset le Juis cité dans trois chirographes contemporains de l’acte officiel de Guillaume II[43] ? Il n’est pas interdit de le penser, d’autant plus que la liste officielle de 1337 ne mentionne qu’un rabbin et que les documents sont chronologiquement très proches. Un autre chirographe[44] de 1337 signale un autre prêteur dont le nom a posé des problèmes de déchiffrement à G. Decamps   qui propose Madant ou Mathan le juif. Peut-être, peut-on rapprocher ce nom de celui d’Amendaus cité à trois reprises dans la lettre de Guillaume II. Quoi qu’il en soit, nous avons donc à Mons en 1337 quatre familles juives[45], la moitié du nombre recensé en 1323 ; néanmoins la présence d’une petite communauté atteste que le souvenir du  sacrilège  de Cambron s’est quelque peu estompé. Un dernier usurier, Lion  de Resson, est signalé dans un chirographe de 1341[46]. Sans doute ce prêteur n’a-t-il pas fait de vieux os dans la ville hainuyère car il n’est pas signalé dans les comptes du prévôt de 1349.   Enfin, nous devons examiner le cas de Collart le juif[47]. Nous pensons qu’il est affublé d’un surnom très lourd à porter à cette époque, mais qu’il n’est pas de religion juive car il est impensable que l’on puisse faire confiance à un juif pour un acte relevant du droit privé (exécuteur testamentaire)[48]. On peut donc éliminer Collart de la liste des juifs montois.

            Dans le Hainaut , comme dans les autres provinces avoisinantes, la peste et son cortège de pogroms vont décimer les communautés juives. En provenance du royaume de France , elle pénètre à Tournai en août 1349[49]. Quelques jours plus tard, à une vingtaine de kilomètres de Mons, à Hon , précisément, deux familles sont brûlées vives (28 août 1349)[50] et les juifs d’Ath connaissent un sort semblable[51].

            A Mons, leur sort est moins clair. Une chose certaine, ils disparaissent de la cité (exil ou exécution) et leurs biens sont confisqués par la comtesse qui entreprend de récupérer à son profit les sommes dont les juifs sont les créanciers. Guillaume de Somaing, prévôt de Mons, est chargé de récupérer cet argent, non sans difficulté[52]. Les trois comptes conservés pour cette opération financière[53] nous révèlent l’existence de sept usuriers juifs : Hanginet, Jacob et sa femme Joye, Aberant, leur gendre, Vinant, Josson et Amendant d’Hautrage. Ils habitent Mons, Neufvilles et Steenkerke . Seul Josson est mentionné comme résidant à Steenkerke ; pour les autres, il n’y a aucune indication concernant leur domicile. Nous savons néanmoins que Jacob et Joye habitent Mons, c’est la seule certitude. De son côte, J. Stengers[54] a démontré qu’Hanginet pratique l’usure à Mons puisque 109 sur 150 de ses clients habitent la ville ou dans un rayon de 10 kilomètres autour de celle-ci. Nous nous rangeons donc à cette hypothèse, et nous l’ajoutons au couple, dont nous avons abondamment parlé, dans la liste des juifs montois[55].

1324-1349, vingt-cinq ans pendant lesquels les juifs montois ont donc connu d’énormes problèmes, comme leurs coreligionnaires européens, du reste. Le  sacrilège  de Cambron les a marginalisés davantage ou les a obligés à s’exiler. Néanmoins, contre vents et marées, le couple Jacob - Joye  continue ses activités et une petite communauté se reforme avant d’être emportée par la vague de violence de 1349.

 

Tableau 2 -  La vallée des larmes  (1324-1349).

  1325-28 1329 1330 1331 1332 1333 1334 1335 1336 1337 1338 1339 1340 1341 1342 1343-47 1348 1349
JOYE                                   G
JACOB       D       D   B             D G
FLORIE DE MONS                   B                
MOYSET                   B;D(2)   D            
MADANT(?)                   D                
LION DE RESSON                           D        
                                     
HANGINET                                   G
                                     
GUILLAUME   D                                
FEMME DE GUIL.   E                                
 
    Aucun document pour ces deux périodes.
  Documents ayant déjà servi à des études sur les Juifs dans nos provinces (Stengers...)
  Année pour laquelle nous possédons un rôle de bourgeoisie.
B Documents officiels publiés par DEVILLERS, L., op. cit., p.594
D Chirographes transcrits par G. Decamps.
E Rôles de bourgeoisie.
G Sommes à récupérer chez les débiteurs des Juifs (A.G.R.,Chambre des Comptes,n° 15.109)
(  ) Le chiffre ( ) indique le nombre de documents pour l'année considérée

 

Après la peste (1350-1433).

            Y a-t-il encore des personnes de religion juive, à Mons, après la tourmente de 1349 ? Nous avons déjà posé la question dans le paragraphe consacré au Hainaut, sans pouvoir donner de réponse précise pour l’ensemble du comté.

            En ce qui concerne la ville de Mons, nous devons bien avouer que, malgré nos recherches, nous n’avons pas trouvé de preuve évidente de la présence d’un juif fidèle à sa religion. Bien entendu, plusieurs Montois portent le surnom de  le juif  ; nous en avons recensé dix : Tassard (1361)[56], Collart (1365-1368)[57], Piètre (1365)[58], Mariete (1365)[59], la beghinete qui fut Juive (1365)[60], Hanin (1387)[61], Jacquemart du Broecq (1387-1431)[62], Jaquemin (1401-1408)[63], Caisins (1403)[64] et Richard (1433)[65]. On peut conclure  assez aisément que ces dix personnes ne sont pas de religion juive et ce, pour deux raisons. La seule activité des juifs avant 1349 était l’usure, tous les documents le montrent à l’évidence ; par contre, après la peste, les  juifs  ne sont mentionnés comme prêteurs que dans deux documents sur les quarante-six que nous avons examinés[66]. La disparition de la pratique de l’usure est donc éloquente. De plus, les deux seuls personnages  impliqués dans ces opérations financières sont  soit mambourg[67] (Collart), soit échevin (Jacquemart du Broecq) ; ces deux activités ne sont évidemment pas accessibles à des individus de religion juive. Collart et Jacquemart sont donc des convertis, des descendants de convertis ou bien l’appellation  le juif  n’est-il qu’un sobriquet. Par ailleurs, pour Jacquemart du Broecq, les autres documents concernent des actes privés (vente ou achat d’immeubles, héritages, dons aux institutions charitables ) ou officiels dans lesquels il apparaît dans ses fonctions d’homme de fief ou d’échevin. Nous connaissons déjà la profession de deux personnes impliquées dans la documentation ; qu’en est-il des  autres[68] ? Tassard est  mareskaut [69], Collart[70] et Piètre travaillent le métal ( fèvre), Hanin et Jacquemin sont clercs, Richard est maître-boucher et une dame anonyme du quartier du Hautbois est béguine[71].             Toutes ces activités, accessibles aux seuls catholiques, montrent, une fois de plus, l’absence  de juifs pratiquant leur religion.

Enfin, nous voudrions terminer ce chapitre en examinant plus en détails un personnage très présent dans la documentation : Jacquemart du Broecq dit le juif[72]. Homme de fief, siégeant à la cour de Mons et y rendant la justice, il devient échevin en 1391, fonction qu’il exerce jusqu’en 1407[73]. Nous savons qu’il épouse successivement Jehanne du Postel[74] et Biétris la Bouveresse[75] et qu’il a, au moins, deux filles légitimes[76] et deux enfants naturels[77].

Mais, plus intéressant pour notre sujet, un document[78]  nous révèle qu’il est le cousin du clerc Jacquemin le juif. Or ce dernier est le frère de Caisins le juif et tous les deux sont les fils de Pierre le juif habitant Bruges [79]. Nous savons déjà[80] que depuis 1386,des juifs portugais convertis sont arrivés en Flandre (Bruges). On peut, dès lors, émettre l’hypothèse que Jacquemart du Broecq est apparenté à l’un de ces immigrés lusitaniens ; voilà qui expliquerait l’origine du sobriquet d’un échevin de Mons et de deux de ses cousins.

En l’absence de preuves évidentes sur la présence, à Mons, de juifs pratiquant leur religion, nous ne pouvons que revenir à la case  départ et signaler à nouveau les deux documents laissant sous-entendre leur présence dans le Hainaut [81]. De toute manière, leur nombre a dû être insignifiant et leurs activités discrètes, puisqu’ils n’ont pas laissé d’autres traces de leur passage dans la ville.


[1] Gachet, op. cit., p. 65.

[2] Gachet, op. cit., p. 92.

[3] Matthieu, Sur le séjour..., op. cit., p. 4-5.

[4] Item,rendut a Tron Le Juyze 3 s. blancs. (Pierard, op. cit., t. 1, p. 56, ligne 7)

[5] Item, rechuit a Yzakart le Juys, 100 lb. et 10 lb. (Pierard, op. cit. ,t. 1, p.38, ligne 33 ) ; voir aussi Ibid., p. 46, ligne 1.

[6] Item, rechuit a Josson Le Juys, 10 lb.  (Pierard, op. cit., t. 1, p. 40, ligne 11) ;voir aussi Ibid., p. 46, ligne 31.

[7] Pierard, op. cit. , t. 1, p.94, ligne 26 ; p.100, ligne 40 ; p. 125, ligne 17 et p. 585, ligne 11.

[8] Paiiet a Hakin Le Juis pour 80 grans florins a make c’on emprunta pour paiier les pensions d’Arras, 200 lb. (Pierard, op. cit., t. 1, p.70, ligne 3 ;voir aussi Ibid. , p.69, ligne 34 ; p. 74, ligne 31 ; p. 95, ligne 18). Voir aussi G.  Decamps, Chirographes de 1301 à 1320, f° 89 et  f° 97, 7/1 et 20/7 / 1313.

[9] Item,rendut a 2 juys pour chou k’il n’avoient mie demoret 1 an en ceste ville, 6 s. blans qu’ils avoient paiiés au jour Saint Remi, si les avoit Jehans Loys contés.  (Pierard, op. cit. t. 1, p.40, l. 25-27)

[10] Item, rendut a une juyze et a Willemet Cokeron que Jehans Loys avoit contet en sen conte, 6 s. blans valent tour. 6 s. 5 d. (Pierard, op. cit., t. 1, p. 42, lignes 30 et 31).

[11] Il est regrettable que nous ne possédions pas pour cette période de rôle de bourgeoisie ; le rôle de 1307 a été établi avant l’arrivée des juifs.

[12] J.  Verbeemen, L’évolution démographique d’une ville wallonne : Mons (1283-1766),  LIntermédiaire des Généalogistes, n° 55, Janvier 1955, p. 23-25.

[13] Item, paiiet pour le desspens dou bailliu, dou prouvost, dou maieur et des esskevins en le maison le maieur quant Hakins fu pris, 54 s. (Pierard, op. cit., t. 1, p. 95, ligne 17).

[14] S.  Schwartzfuchs, Les juifs en France, Paris, 1975, p. 115,  B.  Blumenkranz, Histoire des juifs en France, Toulouse, 1972, p. 42,  J.  Eisenberg, Histoire moderne du peuple juif d’Abraham à Rabin, Paris, 1997, p. 342  et C.  Roth, Histoire du peuple juif ( des origines à 1962), Paris, 1963, p. 261.

[15] R.  Kohn, Les juifs de la France du Nord dans la seconde moitié du XIVe siècle, Louvain-Paris, 1988, p. 3-4 et N.  Coulet, L’expulsion des juifs de France, L’histoire,n°139, décembre 1990, p. 10.

[16] Mons, a.v.m., section ancienne, n° 1348.

[17] Huit familles, auxquelles il faut ajouter Guillaume, le converti.

[18] Rôles de 1316, 1318-1322 (Mons, a.v.m., section ancienne, n° 1342-1347).

[19] Pierard, op. cit., t. 1, p. 40, ligne 11.

[20] Devillers, Monuments..., op. cit.,  p.460-461. En réalité, deux  personnages s’appellent Benoît dans la lettre de 1337 : l’un est le fils  et l’autre le gendre d’Abraham,  médecin de Binche.

[21] Bruxelles, a.g.r., Chambre de Comptes, n° 15.109 (2e, 5e et 6e comptes).

[22] Ce titre, emprunté à une chronique juive est celui du quatrième chapitre de l’ouvrage déjà cité de J. Eisenberg. Il convient parfaitement à cette période de haine et de violence constatée lors du  sacrilège  de Cambron et de l’épidémie de peste.

[23] Voir  infra , tableau n° 2.

[24] Nous ne tenons pas compte de Guillaume et de sa femme.

[25] Mons, a.v.m.,  section ancienne, n° 1349.

[26] G.  Decamps, Chirographes, 1331-1340, f° 4, 5/4/1331.

[27] Devillers, op. cit., p. 460-461.

[28] Bruxelles, a.g.r., Chambre des Comptes, n° 15.109 (2e, 5e et 6e comptes)

[29] Voir infra, tableau n° 2.

[30] La lecture de G. Decamps n’est pas certaine (Chirographes 1331-1340, f° 93, 1/9/1337).

[31] G.  Decamps, Chirographes  1331-1340, f° 4, 5/4/1331 : Alars d’Outreleuwe d[emeuran]t à Gyvry...bourgeois de Mons doivent à Jacop le Juis baron (époux) Joie le Juise 20 lb. t.  ... 

Bien entendu, la date de leur mariage nous est inconnue.

[32] G.  Decamps, Chirographes 1331-1340, f° 63, 29/10/1335 : Thumas de Wareton , b[ourgeois] doit à Jacob le Juys de Hautbos d[emeuran]t à Mons 10 l[b]. t.  ...

[33] Outre les deux notes précédentes, on peut ajouter le chirographe du 5/1/ 1348 : J. Thurus dit Camus li cler doit à Jakot li Juyf, baron Joye, mobilier : un petit buffetiel... (G.  Decamps, Chirographes 1347-1363, f° 6).

[34] Notons un détail dans le document de 1337 : Jacob est cité en compagnie de son père.

[35] Devillers, op. cit., p. 460-461.

[36] Bruxelles, a.g.r., Chambre des comptes, n° 15.109 (2e compte) : Aberrant qui avoit Danzelle fille Joye.

[37] Beth Hatefutsoth, Musee de la Diaspora, Guide des patronymes juifs, Arles, 1996, p. 12-13  nous apprend que  la forme hébraïque du nom comprend normalement  le nom de la personne suivi de l’expression  </