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Le problème semble simple, au départ. Puisqu’il y a une rue des juifs
à Mons, c’est nécessairement
là que les juifs du XIVe siècle ont dû habiter lors de leurs
immigrations successives. C’est le raisonnement
tenu, en 1648, par F. Vinchant : Le comte Guillaume de Haynaut les (juifs) ramassa tous en la
seconde ville de Mons, en un certain endroit qui se nomme encore de présent la
rue des juifs...
De Boussu, en 1725, ne pense pas autrement : Le comte leur désigna un endroit le long de la rivière, qui
retint le nom de la rue des juifs.
Plus près de nous, Félix Hachez en rajoute : Ce
territoire nommé longtemps « la juiverie », s’appelle
encore aujourd’hui la rue des juifs.
Cependant, Paul Heupgen
émettait, à propos de ces affirmations, de solides réserves reprises une
dizaine d’années plus tard par Melle Ch. Piérard
et M. J. Stengers.
Ces trois érudits mettaient en
doute les affirmations des historiens antérieurs car, au Moyen Âge, la
population et non l’autorité attribuait un nom à une rue. Dans ce cas,
comment expliquer
que la première mention de la rue des juifs date de 1433, soit cent
vingt-six ans après leur expulsion par Philippe le Bel : Maison
Jehan Fausset, ménestrel, gisant en la rue condist des juifs.
Notre
dépouillement systématique des documents nous amène à formuler différentes
conclusions. On ignore, faute de documents, où les juifs de 1307 (1ère
vague) se sont installés. Par contre,
le rôle de bourgeoisie de 1323 permet de localiser les
endroits où les immigrés de la 2e vague ont pu trouver un logement, quand cette taxe a été perçue.
A l’évidence, le plan de Mons, au début du XIVe siècle,
nous montre nettement la concentration des juifs de 1323 le long de la
Trouille , dans le quartier de l’Esplache, dont une partie deviendra la
rue des juifs. Le problème n’en est pas plus simple, pour autant, puisqu’il
faut encore attendre 130 ans pour avoir la première mention de la rue
des juifs. Nous ne pensons donc pas que ce sont les juifs de 1323 qui ont pu
influencer directement l’appellation de
la rue. De 1324 à 1349, nous savons seulement que Joye et Jacob habitent le
quartier du Hautbois;
pour les autres, aucune indication ne nous est fournie. Quoi qu’il en soit,
même à l’époque de l’épidémie de peste, nous sommes pratiquement à un
siècle de la première mention de la rue des juifs. Il ne peut donc y avoir de
rapport entre ces immigrés et le nom de la rue.
Pourtant,
si la tradition populaire a désigné la rue qui nous intéresse en lui
attribuant le nom d’une communauté bien particulière, c’est qu’il doit
exister une bonne raison. En examinant les nombreux documents qui concernent
Jacques du Broecq, on s’aperçoit très vite qu’il s’agit d’une personne
aisée et influente (échevin) qui achète et revend beaucoup de maisons dans la
ville. Il habite la Grand-rue en 1397-98,
puis acquiert trois immeubles (qu’il habite ?) rue de Nimy (1408),
devant les Moulins Jumeaux (1413)
et à l’entrée de la rue de la Triperie (1428).
Les deux dernières mentions de 1413 et 1428 méritent particulièrement toute
notre attention. En effet, l’ immeuble, situé au bord de la Trouille (en face
des Moulins) se trouvait au niveau de
l’actuel marché aux Poissons, donc au bout de ce qui sera la rue des juifs,
avant l’installation du couvent des Soeurs Noires et de l’hospice des
Chartriers. Ces deux
établissements, on le sait, ont donné, en effet, leur nom à des parties de la rue des juifs, réduisant
celle-ci au tronçon allant de la Croix-Place à la Grand-rue. D’autre part,
il est possible que la maison qu’il possédait à l’entrée de la Triperie
se situe à proximité de la Croix-Place, encore une fois, à
quelques mètres de la rue des juifs.
Nous
émettons donc l’hypothèse que Jacquemart du Broecq le juif, riche notable de la ville, décédé en 1431,
a laissé le souvenir de son surnom à cette artère dont l’appellation rues
des juifs apparaît juste après sa mort .
Plan
1 - La dispersion de l’habitat des juifs à Mons en 1323.

A-
Moulins Jumeaux ; B- Croix-Place ; C- Actuelle rue des
Juifs ; D1- Maison de J. du Broecq ; D2-Situation possible de la
maison de J. Du Broecq dans le quartier de la Triperie
à 5 Josse ; à
1 Benoit ; 7 Judas ; à
4 Joye ; 2 Bienvenne ; 6 Jossonet ; 8 Méros
à 3 Femme d’Hakin
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