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Les Juifs à Mons au Moyen Age

Le statut économique des Juifs
 

A partir du XIIe siècle, les juifs d’Europe occidentale sont forcés de se livrer au commerce de l’argent[1].

 La communauté montoise, jusqu’en 1349, n’échappe pas à la règle : tous les juifs recensés dans les documents sont des usuriers, même le rabbin Moyset[2]. Les prêteurs juifs réalisent des bénéfices importants en pratiquant des taux d’intérêt très élevés[3]. A Mons, deux opérations de prêt[4] permettent de calculer les taux d’intérêt : 79,1% l’an en 1309[5] et 86% en 1313[6], ce qui représente des taux habituels à court terme[7]. Ils sont d’ailleurs obligés de récupérer rapidement leur capital et de faire des bénéfices sans  tarder car deux éléments empêchent le bon déroulement des affaires : la précarité et la concurrence des Lombards. La communauté montoise, comme les autres, du reste, est soumise au bon vouloir du comte qui  accueille ses membres pour un laps de temps bien déterminé (un an ou cinq ans). Après, l’avenir est incertain. Nul ne sait quelle sera la réaction des autorités locales, ou si le comte ne devra pas sacrifier les juifs pour calmer une quelconque haine populaire. Le sacrilège de Cambron et la peste noire sont des exemples d’événements qui ont cristallisé l’angoisse et la haine des foules sur les boucs-émissaires  traditionnels, sans que le pouvoir ne réagisse face au désordre. La première vague d’immigrés reste huit ans à Mons[8] ; la seconde disparaît rapidement des documents[9]; il faut donc faire fructifier le capital en quelques années, entre deux cataclysmes. Par ailleurs les juifs doivent faire face à une rude la concurrence des Lombards[10]. Originaires principalement de Lombardie et du Piémont (Asti , Chiéri ), ils se répandent à partir du XIIIe siècle, dans nos provinces[11].Ils  sont  mentionnés  à   Mons en 1289[12] et en 1316[13] dans des actes officiels, mais également dans de nombreux passages des comptes de la ville[14]. Si l’on compare l’activité économique des juifs et des Lombards, on s’aperçoit très vite que ces derniers occupent une place beaucoup plus importante dans la cité hainuyère : ils brassent cinq fois plus d’argent que leurs concurrents et prêtent souvent des sommes très élevées[15] à  long  terme  (plusieurs mois), alors que les juifs se spécialisent dans le  court  terme (quelques semaines, voire quelques jours).

Pour étudier le phénomène du prêt exercé par les juifs à Mons et dans le Hainaut, nous disposons de trois comptes[16] qui ont été établis par le prévôt de Mons, Guillaume de Somaing. En effet, comme nous l’avons vu, les juifs montois ont de sérieux problèmes lors de l’épidémie de peste de 1349 (mort ou expulsion) et la comtesse en profite pour récupérer à son profit les sommes dont les juifs étaient les créanciers. Sept prêteurs sont mentionnés : Hanginet, Jacob, Joye (la femme de Jacob), Aberant (qui a épousé la fille de Joye), Vinant, Josson et Amendant d’Hautrage.Ils habitent Mons, Neufvilles et Steenkerke, mais seul Josson

 Tableau n° 3 - Comparaison de l’activité économique des juifs et des Lombards d’après

                          les comptes de la ville de Mons (1308-1314)[17].

 

 

Juifs [18]

Lombards[19]

 Nombre de mentions dans les comptes de la ville[20]

 

13

 

28

Total des sommes prêtées[21]

364 lb.

1893 lb.

Nombre de prêts

9

15

Importance moyenne des sommes prêtées

 

40 lb.

 

126 lb.

Somme prêtée la plus importante

 

200 lb.

 

882 lb.

 Taux d’intérêt

79,1 l’an

(pour 4 jours)[22]

28% l’an (pour 4 mois)[23]

42,8% l’an (pour 17 sem.)[24]

30% l’an (pour 6 sem.)[25]

 

est mentionné comme résidant à Steenkerke[26]. D’après les deux comptes, les sept usuriers ont prêté 6.280 livres[27] , la comtesse en a récupéré 565 lb., ce qui représente environ 5 % de ses revenus[28]. Examinons maintenant de plus près le cas de Joye et de son mari Jacob, installés à Mons dans le quartier du Hautbois[29]. Les comptes du prévôt nous indiquent que Joye a prêté

une somme totale de 1.252 lb., 11 s., 5 d.[30] et Jacob 213 lb., 3 s. et 6 d.[31].

 

Tableau n° 4 - Activité économique de Joye et de Jacob, prêteurs du quartier du  Hautbois à Mons, 1349[32].

 

 

 Joye

Jacob

Total des sommes prêtées

 

                                   par lettres  

                                   par chirographes

                                   par papiers

1252 lb.

 

702 lb.

537 lb.

12 lb.

213 lb.

 

 

 

213 lb.

Somme moyenne prêtée

 

                                     par lettre

                                     par chirographe

                                     par papier

15 lb.

 

13 lb.

24 lb.

1 lb.

1 lb.

 

 

 

1 lb.

Somme prêtée la plus importante

 

Somme prêtée la plus faible

128 lb.

 

39 sous

44 lb.

 

2 sous

 

Leurs prêts, comme ceux des cinq autres usuriers, se présentent sous trois formes: la lettre, le chirographe et le papier. D’usage courant, la lettre est scellée du sceau des échevins ou de la commune, ce qui donne une garantie aux deux parties. C’est le système de prêt préféré de Joye ; la moyenne des transactions se monte à 13 livres[33]. Le chirographe, par contre, est réservé à des prêts plus importants (24 livres en moyenne pour Joye)[34]. Il offre encore plus de sécurité que la lettre puisque les échevins et (ou) les jurés de la ville garantissent son exactitude et qu’un exemplaire  est déposé au greffe scabinal. Les comptes du prévôt ne nous renseignent pas sur la forme  des chirographes, mais on peut en avoir une idée précise grâce aux nombreux documents  de  cette nature recopiés par  G. Decamps  et  dont  voici un exemple[35] : Alars d’Outreleuwe  d[emeuran]t à Gyvry, C[ollar]t  Doutreleuwe ses frères d[emeuran]t à Mevyn et Auwestins li Taie, b[ourgeois] de Mons doivent à Jacop le Juis baron Joie le Juise 20 lb. t.  Echevin : E. de la Porte. Jurés : Ja. De Baudour. En le cour Auwestin le Taie l’an de grâce mil trois chens et XXXI le vendredi prochain après le premier jour d’avril.  Enfin, le papier est la façon la plus courante de prêter de petites sommes. Jacob en est le spécialiste, allant jusqu'à prêter deux sous[36]. Le système offre moins de garantie que les deux précédents puisque les autorités n’y sont pas mêlées ; c’est pourquoi les transactions se font en présence de témoins[37]  et parfois de plèges[38].

Quelques créances consistent en un certain nombre de muids de blé[39]. Il s’agit vraisemblablement de paysans qui s’engagent à restituer le montant prêté par Jacob sous la forme d’une quantité de blé[40].

Par ailleurs, on ne trouve pratiquement pas de prêts sur gage alors que ce type d’usure est traditionnellement attribué aux juifs[41] : nous en avons relevé seulement deux mentions (un cheval et une vache) dans les comptes du prévôt qui concernent le couple d’usuriers montois[42].

A quelles catégories sociales appartiennent les clients de Joye et de Jacob ? A l’exception de deux familles montoises riches et puissantes ( les As Clokettes et les Gringnart), d’un marchand et de trois clercs, les débiteurs sont plutôt de condition modeste[43]. Bien que cela ne soit pas exprimé clairement, Joye et surtout Jacob, le spécialiste des petites sommes, doivent avoir dans leur clientèle des agriculteurs des villages avoisinants qui viennent à Mons leur emprunter quelques écus[44].

Enfin, jetons un regard sur la répartition géographique des débiteurs[45]. Joye a une clientèle plus montoise, tandis que son mari s’est fait une spécialité des villages autour de Goegnies . L’un comme l’autre, en dehors de Mons, pratiquent l’usure, à plus de 90 % des cas, au sud de la ville ; tous les débiteurs, ou presque,  habitant dans un rayon de treize kilomètres[46].

 Carte 1  - Répartition géographique de l’activité économique de Joye et de Jacob
                             (1349) , à partir des comptes du prévôt[47]

 

 

 

-Noms des villages : -Villages communs aux deux prêteurs : 1-Masnuy ; 2-Herchies ; 3-Nimy ; 4-Ciply ; 5-Harveng ;
                                                                                                             6-Genly ; 7-Quévy-le-Petit ; 8-Quévy-le-Grand ; 9-Havay ;
                                                                                                            10-Rogeries ; 11-Aulnois ;
 12-Goegnies.
                                 
-Villages spécifiques à Joye : 13-Jurbise ; 14-Bougnies ; 15-Givry ; 16-Ihy;                                                                                         17-La Longueville.
                                 
-Villages spécifiques à Jacob:18-Ghlin ; 19-Saint-Symphorien ; 20-Spiennes ;      
                   
                                                                     21- Asquillies ;  22 Blaregnies ; 23-Pont-sur-Sambre.

-Chaussées :   X X X X X X

Remarques :  -Joye a un client à Sirault et Stambruges  (hors-cartes).
                     
 
-Deux identifications sont difficiles : Sars (Joye : 1 prêt) et Villers (Jacob : 1 prêt).     
                         -Aucune indication  pour déterminer s’il s’agit de Masnuy-St-Pierre ou Masnuy-St-Jean

 

Carte 2 - Répartition de l’activité économique d’Hanginet et du couple Joye-Jacob.

 

-Noms des villages : -Villages spécifiques à Hanginet :    1-Sirault ; 2-Hautrage ; 3-Saint-Ghislain ; 4-Wasmes ;
                                                                                                 5-Quaregnon ;    6-Jemappes ; 7-Frameries .
                                  
-Villages spécifiques à Joye-Jacob : 8-Masnuy ; 9-Ghlin ; 10-Nimy ; 11-Harveng ; 12-Quévy-le-Grand ;
                                                                                                 13-Genly ; 14-Havay ; 15-Quévy-le-Grand ; 16-Goegnies ; 17-Aulnois.
- Chaussées :   à

 

Quand on examine la région où leur  concurrent, Hanginet (rappelons qu’Hanginet est de loin le plus gros prêteur juif habitant Mons (hypothèse de J. Stengers), exerce son métier, on est frappé de constater qu’il s’est  spécialisé  dans l’ouest de Mons : de Sirault à Frameries en passant par Saint-Ghislain , Hautrage , Quaregnon , Wasmes et Jemappes . Toutes ces localités sont absentes, à de rares exceptions près[48], de la liste des lieux de résidence des clients du couple Joye-Jacob. Les usuriers  s’entendaient-ils pour déterminer leur sphère d’influence ? Ces zones sont-elles déterminées  par les anciennes chaussées romaines  toujours utilisées au Moyen Âge : à Joye et Jacob le territoire s’étendant entre la route Bavay -Cologne et Bavay-Asse, à Hanginet les villages situés entre cette dernière chaussée et celle qui  rejoint Blicquy ? Rien ne nous permet de l’affirmer totalement, mais la répartition géographique est trop nette pour qu’elle soit le fait du seul hasard. 

 

[1] Ils sont éliminés du commerce international par la concurrence des villes italiennes et hanséatiques ; la bourgeoisie urbaine les considère de plus en plus comme des rivaux indésirables ; là où ils peuvent posséder des terres (France, Espagne) il leur est pratiquement impossible de disposer de serviteurs chrétiens. Le commerce de l’argent, interdit et réprimé sévèrement par le concile de Latran (1179), est donc la seule porte qui leur reste ouverte.

[2] G.  Decamps, Chirographes 1331-1340,  f° 95,  f° 97 et f° 121.

[3] Mais contrairement à une idée préconçue, leurs taux d’intérêt ne sont pas plus élevés que ceux  pratiqués par les chrétiens. Ces taux s’élèvent de 30 à 46 1/3 %, par an, en France (Blumenkranz, Histoire des juifs en France, op. cit., p. 37-38). Mais  Stengers, op. cit., p. 42  a relevé des taux de 22 ½ % à 540% . Il n’y avait donc pas de règle ; les taux  variant selon la personnalité de l’emprunteur, la durée du prêt, l’importance de la somme et le contexte politique, économique et religieux.

[4] Un troisième document (Pierard, Les plus anciens..., op. cit., t.1, p. 74, ligne 30)  concerne des emprunts en cascade dans lesquels Hakin le juif est impliqué. Mais finalement, les intérêts sont payés à Roland le Lombard et se montent à 40, 1 % l’an.

[5] Item pour les frais de ces deniers (28 lb. 15 s. 10 d.) as juys pur 4 jours, 5 s.  (Pierard, op. cit., t. 1, p. 56, ligne 10).

[6] J(ehan) de Carnières, jadis fils Gossuin de Carnières doit à Hakin le Juis de Mons 59 lb.  ...le dete devant dite monteroit 4 d. li lb. chascune semaine tant come il deveroit le dete...  (G.  Decamps, Chirographes 1301-1320, f° 97, 20/9/1313).

[7] Cependant, il nous semble curieux que la ville emprunte des sommes, parfois importantes,  à certains juifs de la  première  vague  sans payer d’intérêt : Item, rechuit a Izakart Le Juys 100lb. et 10 lb  (Pierard, op. cit., t. 1, p. 38, ligne 33) . Dans le même compte (1308-1309) :  Item, paiiet a Yzakart Le Juy, 100 lb. et 10 lb. (Pierard, op. cit., t. 1,  p. 46, ligne 1).

[8] De 1307 à 1314.

[9] Rappelons que les juifs ne sont plus repris dans les rôles de bourgeoisie, à partir de 1329. Absence de Mons ou mise à l’écart ? Difficile à dire. Joye et Jacob, par contre, détiennent le record de longévité , mais ils semblent constituer des exceptions.

[10] Signalons que les actes de 1307 et de 1308 du comte Guillaume (Gachet, op. cit., p. 64 et 92) interdisent aux juifs de résider là où habitent les Lombards. A Mons, cependant, les deux communautés se font concurrence, sans tenir compte de la volonté princière.

[11] La liste des tables de prêts lombardes dans nos régions est une énumération des convocations adressées par Henri VII aux Lombards des Pays-Bas pour qu’ils viennent le rencontrer à Cologne (C.  Tihon, Aperçus sur l’établissement des Lombards dans les Pays-Bas aux XIIIe et XIVe siècles,  Revue belge de philologie et d’histoire, t. 39, 2, 1961, p.335).

[12] L.  Devillers, Cartulaire des hospices et des fondations de charité de la ville de Mons,   A.C.A.M., t. 15, 1878,  p. 313, n° 51.

[13] Devillers, Monuments..., op. cit. , t. 3, p. 701.

[14] De 1308 à 1314 (dates choisies pour  pouvoir comparer les juifs aux Lombards), ces derniers sont cités quinze fois dans Pierard, op. cit.,  t. 1, p. 7, ligne 30 ; p. 26, lignes 8 et 10 ; p. 35, ligne 39 ; p. 36, ligne 1 ; p. 61, ligne 19 ; p. 70, ligne 7 ; p. 82, lignes 27, 30 et 36 ; p. 83, ligne 36 ; p. 85, ligne 12 ; p. 87, ligne 41 ; p. 94, lignes 15 et 18.

[15] Jusqu'à 882 livres. Tout ceci est bien entendu sans commune mesure avec les prêts des financiers d’envergure européenne comme les familles Crespin et Louchart d’Arras . On relève, par exemple, que les Gantois, en 1275, doivent 37.711 livres à six familles d’Arras. Voir à ce sujet : G.  BIGWOOD, Le régime juridique et économique de l’argent dans la Belgique du  Moyen Âge, Bruxelles, 1921, p. 175-177 et  Id., Les financiers d’Arras,  Revue belge de philologie et d’histoire, t.3, 3, 1924, p. 449-507.

[16] Bruxelles, a.g.r., Chambre des comptes, n° 15.109, 2e, 5e et 6e comptes.

A la Noël 1349, le prévôt Guillaume de Somaing avait établi un premier compte (perdu) comportant la recette des sommes récupérées sur les créances des juifs et une liste des  remanés, les dettes non remboursées. Dans un deuxième temps, le prévôt dresse une seconde liste des sommes récupérées sur les  remanés  (il s’agit du 6e compte) et enfin, il rédige un relevé des créances restant à récupérer (2e compte) après la clôture du compte précédent. Il devait exister, vraisemblablement, d’autres comptes postérieurs car les débiteurs ne se bousculaient pas pour rembourser leurs dettes aux services de la prévôté et cela nécessitait une comptabilité longue et minutieuse.

Signalons,  enfin,  que le 5e compte est, en réalité, une minute sur papier du début du 6e compte (sur parchemin).

[17] La fourchette de 1308-1314 permet de comparer facilement les Lombards et les juifs de la  première vague  à Mons. Pour la référence concernant les juifs, voir supra ; pour les Lombards, voir page précédente.

[18] Guillaume le juif, le converti, ne fait pas partie du tableau.

[19] Cette rubrique reprend chaque mention des juifs et des Lombards, qu’ils soient prêteurs ou non.

[20] Les sommes sont arrondies à la livre tournois.

[21] Voir supra.

[22] Tous les Lombards n’habitent pas Mons (mais aussi Binche et Quiévrain).

[23] Pierard, op. cit., p. 42, ligne 3.

[24] Ibid., p. 70 ligne 7.

[25] Ibid., p. 94, lignes 15-18.

[26] Nous suivons l’analyse magistrale de  Stengers, op. cit., p. 43-47. Celui-ci a démontré qu’Hanginet habitait à Mons. Nous savons, par ailleurs, avec certitude, que Joye et Jacob sont des prêteurs montois. Nous examinerons donc leur cas plus en détail.

[27] En réalité, le montant total est beaucoup plus élevé ,  mais impossible à déterminer  puisqu’il manque le premier compte (sommes déjà récupérées par le prévôt). La liste des usuriers classés selon leur importance économique s’établit comme suit : Hanginet (3.195 lb.), Joye (1.252 lb.), Josson (837 lb.), Amendant (708 lb.), Jacob (213 lb.), Aberant (106 lb.) et Vinant (60 lb.).

[28] A. Pinchart,  Extrait des comptes relatifs au Hainaut, Mons,  1884, p. 36 .

[29] G.  Decamps, Chirographes 1331-1340, f° 63, 29/10/1335. Leur maison, nous l’avons vu, se situait dans l’actuelle rue des juifs.

[30] L’addition donnée par les services du prévôt est erronée : elle indique pour la somme des lettres ( 2e compte ) 470 livres, 3 s. 9 d., alors que nous avons calculé une somme de 478 livres 13 s. 5 d.. A cette dernière somme, nous avons rajouté trois lignes barrées dans le compte ( les débiteurs s’étaient acquittés de leur dette entre temps), ce qui nous amène à une somme totale de 531 lb.,16 s. 17 d. pour les lettres de Joye. Pour les autres parties des comptes qui la concernent, il n’y a pas d’erreur ni de sommes barrées .

[31] Au chiffre total calculé par le prévôt (208 lb., 16 s., 6 d.), nous avons également ajouté les sommes barrées dans le compte (débiteurs qui ont payé à la dernière minute). Remarquons que les comptes de Jacob sont moins précis que ceux de sa femme : la conversion en tournois n’est pas réalisée pour chaque opération et dans les  papiers de Jacob se trouvent quelques lettres et chirographes. Nous ne pouvons expliquer ce manque de rigueur sinon par le fait que Jacob prêtait des sommes tellement insignifiantes que le prévôt n’a pas estimé devoir tenir une comptabilité minutieuse.

[32] Tableau réalisé à partir des comptes du prévôt. Les sommes sont arrondies à la livre tournois.

[33] Stengers, op. cit.,  p. 45-46 écrit que la lettre sert, en général, pour des prêts de 10 à 15 livres.

[34] Ibid., p. 46 : les chirographes sont réservés à des prêts de 10 à 50 livres, parfois plus.

[35] G.  Decamps, Chirographes 1331-1340, f° 4, 5/4/1331.

[36] Henri Breuwes dou petit Kevy 2 sous ties(moin) Blaviel Ernouls...  (2e Compte, f° 8, recto).

A titre de comparaison, signalons que la somme de deux sous, en 1350, représente le salaire journalier d’un maçon ou l’achat d’un lot  (2, 036 litres) de vin sans appellation.  (C.  Pierard, Prix et salaires à Mons au XIVe siècle. et au premier tiers du XVe siècle,  A.C.A.M., t. 70, 1976-77, p. 39 et 63).

[37] Jehans Maurege li fevre demorant a Genli 10 escus, ties[moins] Betignois et Collars dou Sellier  (2e Compte, f° 9, recto) Notons que, dans un village, les témoins sont souvent les mêmes personnes dans toutes  les opérations de prêt.

[38] Les plèges sont des parents ou des amis du débiteur qui s’engagent à rembourser la dette en cas de problème. (Stengers, op. cit., p. 41). Item au dit Philippart le carlier de Kievy 3 escus sen est plège Henri de Castiau, ties(moin) Martin Marberiau et Jake li couvrers.  (2e Compte , f° 8, recto)

[39] Mesure de capacité pour les grains. Le muid vaut 320, 4 litres. (Pierard, op. cit., t.  2, p. 187).

[40] Huars dou Blairon 6 muis de blé à 3 s. 7 d. dou milleur de la halle de Maubuege à payer à le candeleur...  (2e  compte , f° 9, recto).

[41] Stengers, op. cit., p. 40.

[42] Jehan li maires Dausnoit sour un keval qu’il li mist en main et autres waiges (gages), 5 florences  (Compte n° 2, f° 9, recto).

 Jehans dou Martin de Goignies 2 escus, ties[moins]  Bauduins Plotins et Jehan Martin et on mist en main une rouge vake  (2e Compte, f° 9, recto).

[43] Les professions ne sont malheureusement pas toujours indiquées. Nous avons relevé les  suivantes : barbier, cambier (brasseur), carlier (charron), cordier, cordonnier, estordeur (fabricant d’huile), hayaumier (fabricant de pièces d’armures), maceglier (boucher), meunier, pelletier et tanneur.

[44] On peut le déduire de la modicité des sommes, de l’origine géographique des emprunteurs (voir la carte) et surtout du fait que plusieurs dettes auraient dû être remboursées en muids de blé.

[45] Voir carte, page suivante. Nous n’avons reporté sur cette carte que les localités mentionnées explicitement  comme étant des lieux de résidence ( un tel, résidant à...) . Une lecture attentive du document permet néanmoins de déceler la présence de plusieurs montois parmi les emprunteurs, ce qui permet de conclure qu’au total, ces derniers doivent être majoritaires. Mais comme beaucoup de personnages ont une origine inconnue, nous ne tiendrons compte, pour les calculs de la carte, que des personnes à l’origine déclarée.

[46] Bizarrement un client de Jacob, de Pont-sur-Sambre,  fait plus de 25 km pour emprunter  5 écus et douze sous. Stambruges et La Longueville sont les localités les plus lointaines où résident deux clients de Joye.

[47] Ce document a été établi à l’aide de la carte hors texte contenue dans M.-A.  Arnould, Les dénombrements de foyers dans le comté de Hainaut, XIV-XVIe siècles, Bruxelles, 1956, 772 p. L’identification des communes a été possible grâce à divers ouvrages : Dictionnaire national des communes de France, Paris, 1969 ; A.  Houet,  Dictionnaire moderne  géographique, administratif, statistique des communes belges, Bruxelles, 1960 ;  P.  Vander Maelen, Dictionnaire géographique de la Province de Hainaut, Bruxelles, 1833, 2 v., 527 et 396 p. 

[48] Ghlin (cité trois fois),  Herchies (cité une fois) et Sirault (cité une fois) sont les seuls villages à l’ouest de Mons où Joye et Jacob ont des clients.

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