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Sensibiliser les futurs enseignants
Un
millier d'enfants ! Voilà environ le nombre d'élèves que forme chaque
instituteur, durant sa carrière. Quand on connaît l'impact fondamental des
idées apprises vers 10-12 ans, on comprend aisément que la qualité de la
formation des instituteurs doit faire l'objet des soins les plus
attentifs.
Le cours d'histoire fait partie du programme des futurs maîtres à raison de 2
heures par semaine en première année, 1 heure en seconde et enfin 1/2 heure en
troisième. Bien entendu, il convient, durant ces trois années d'étude, que
les étudiants approfondissent la matière qu'ils devront enseigner à l'école
primaire; par ailleurs, il est tout aussi évident que les différentes
manières de motiver les enfants et de donner une leçon d'histoire sont
abordées durant toute la formation à l'Ecole Normale.
Mais au-delà de ces préoccupations tout à fait légitimes, n'y a-t-il pas une
autre dimension à atteindre ?
La conquête de la Gaule ou l'unification de nos régions par les ducs de
Bourgogne sont des sujets très honorables, mais enseigner l'histoire même - et
je serais tenté de dire surtout - à l'école primaire passe, à mon avis, par
la réflexion sur des thèmes plus fondamentaux comme ceux de la liberté, de la
démocratie, de la dignité humaine...
Dans cette optique, j'organise en deuxième année de la formation des
instituteurs une semaine d'activités complémentaires sur le thème de
l'univers concentrationnaire. Aux leçons théoriques sur le nazisme, la seconde
guerre mondiale, l'antisémitisme... succèdent des visites (Breendonk, caserne
Dossin) et des conférences, comme celle de M. David Lachman, rescapé des camps
de la mort. Cette semaine d'étude motive les étudiants qui, dans leur
totalité, participent l'année suivante (en troisième) au voyage en Pologne.
Prague, Berlin, Cracovie sont des lieux touristiques privilégiés que nous
parcourons avec plaisir mais le point d'orgue est constitué par la visite du
camp d'Auschwitz. La Fondation du même nom nous réserve les meilleurs guides
polonais et met M. Lachman à notre disposition. Connu et apprécié des
étudiants depuis l'année précédente, il nous fait partager, sur le terrain,
sa douloureuse expérience tout en insistant sur la confiance qu'il met dans les
jeunes enseignants pour former de futurs citoyens dans le respect de la liberté
et de la démocratie. Vous êtes les architectes de la société de demain!,
répète inlassablement ce témoin privilégié, dont la présence et le
témoignage marquent à tout jamais les futurs maîtres.
Certains étudiants, interpellés plus particulièrement par le sujet, ont fait
des camps de concentration le thème central de leurs stages de troisième
année et de leur travail de fin d'études. En juin 1997, Valérie Libert a
défendu un travail intitulé Comment peut-on amener les enfants à appréhender
l'univers concentrationnaire d'Auschwitz ? Cette recherche remarquable reprend
un projet pédagogique développé avec succès à l'Ecole communale d'Herchies
(cinquième année). Récemment, en juin 1998, Valérie Mafféo a brillamment
présenté L'exploitation à l'école primaire des camps de concentration. Ce
thème avait été abordé en stage à l'Ecole communale Léo Collard de La
Bouverie (troisième année) et au degré supérieur de l'Ecole communale du
Quesnoy de Colfontaine.
Réalisation d'une exposition, élaboration d'une revue, présence en classe
d'un témoin direct de la Shoah, lectures, recherches personnelles,... voilà
des méthodes actives qui ont motivé et sensibilisé les enfants de chaque
école où les expériences pédagogiques étaient menées à la grande
satisfaction des enseignants, des directions et des parents. Ils ne veulent plus
aller en récréation pour terminer le montage de l'exposition !, avoue avec
plaisir une institutrice titulaire.
Des citoyens responsables, respectueux de l'autre, défenseurs de la liberté,
de la démocratie, des droits de l'homme.... cela s'apprend aussi à l'école
primaire. Il est donc capital d'insérer cette dimension dans la formation des
futurs maîtres.
Article
paru dans le Bulletin pédagogique de la Fondation Auschwitz, n° 4, p.
5, 1999.
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